Pourquoi ces quatre lieux de Médine comptent-ils encore aujourd'hui ?

Médine est la ville où repose le Prophète ﷺ, mais elle garde aussi, dans sa géographie même, la trace concrète de sa vie : une mosquée fondée à son arrivée, un lieu où la direction de la prière a changé au milieu d'une salât, un cimetière où reposent ses proches et ses compagnons, une montagne qui a vu l'une des journées les plus dures de son histoire. Chaque année, des milliers de visiteurs venus accomplir la omra ou le hajj ajoutent à leur séjour un passage par ces quatre sites. Pour comprendre l'ensemble de sa vie avant de suivre ses pas jusqu'ici, on peut d'abord se référer à ce portrait du Prophète ﷺ.

Médine elle-même se présente comme une oasis, longtemps organisée autour de palmeraies et de quartiers séparés, avant de devenir la ville dense qu'on connaît aujourd'hui. Les quatre lieux dont il est question ici ne sont donc pas regroupés en un seul point : ils dessinent un vrai parcours, du sud au nord de la ville, chacun correspondant à une étape distincte de la vie du Prophète ﷺ après son arrivée.

Qu'est-ce que Masjid Qubâ', la première mosquée de l'islam ?

Qubâ' est un quartier situé au sud de Médine, aujourd'hui absorbé par l'extension de la ville, à quelques kilomètres de Masjid Nabawi. C'est là que le Prophète ﷺ s'est arrêté à son arrivée, au terme de la Hijra depuis la Mecque, avant même d'entrer dans Médine intra-muros. Selon la tradition, c'est en ce lieu que la toute première mosquée de l'histoire de l'islam aurait été édifiée, avec la participation directe des compagnons venus l'accueillir. Plusieurs exégètes associent ce site au verset qui évoque une mosquée « fondée sur la piété dès le premier jour » Coran 9:108, plus digne d'accueillir la prière que toute autre.

Un point mérite d'être précisé : le mérite attaché à Masjid Qubâ' reste distinct de celui de Masjid Nabawi, la mosquée du Prophète ﷺ, bâtie ensuite après son installation définitive à Médine. Il est rapporté, sans qu'on puisse ici en citer les termes exacts, qu'une visite régulière à Qubâ' faisait partie des habitudes de plusieurs compagnons. La mosquée actuelle, agrandie et reconstruite à plusieurs reprises au fil des siècles, n'a plus grand-chose de commun en surface avec le modeste édifice des origines — mais son emplacement, lui, n'a pas changé. Certains rapportent même que cette habitude de retour régulier à Qubâ' s'est perpétuée bien au-delà de la génération des compagnons, portée par des générations successives de Médinois.

Que s'est-il passé à Masjid al-Qiblatayn ?

Son nom signifie littéralement « la mosquée des deux qiblas ». C'est ici, dans un quartier alors habité par les Bani Salima, que la direction de la prière a changé : les musulmans priaient jusque-là vers Jérusalem, avant qu'un verset ne vienne fixer la nouvelle orientation vers la Mecque Coran 2:144. La tradition retient que ce changement est survenu en cours de prière elle-même, obligeant l'assemblée à pivoter d'une direction à l'autre au milieu de la salât — un basculement resté dans le nom même du lieu.

L'événement se situe environ dix-sept ou dix-huit mois après la Hijra. Pendant longtemps, la mosquée a conservé deux mihrabs côte à côte, l'un vers Jérusalem et l'autre vers la Mecque, comme une mémoire architecturale du basculement. Lors d'une rénovation menée à la fin des années 1980, un seul mihrab a été conservé, orienté vers la Mecque, et le bâtiment a pris l'allure qu'on lui connaît aujourd'hui. Ce changement de direction, vécu par la première communauté musulmane comme un bouleversement concret dans un geste quotidien, reste l'un des repères les plus cités quand on retrace la chronologie des débuts de Médine.

Pourquoi al-Baqî' rassemble-t-il autant de mémoire ?

Al-Baqî'
Nom qui désigne, en arabe, un terrain planté de plusieurs espèces d'arbustes — devenu, par usage, le nom du grand cimetière de Médine.

Situé à quelques pas de Masjid Nabawi, à l'est, al-Baqî' est le principal cimetière de Médine depuis l'époque du Prophète ﷺ. Plusieurs de ses épouses, des membres de sa famille et un très grand nombre de compagnons y ont été inhumés au fil des décennies qui ont suivi, jusqu'à en faire l'un des cimetières les plus denses en mémoire de toute l'histoire musulmane. Le calife Uthman ibn Affan, entre autres figures majeures des débuts de l'islam, y repose.

Une pratique largement transmise veut que l'on salue les morts en passant devant leurs tombes, dans le silence plus que dans la parole. Jusqu'au début du vingtième siècle, certaines tombes d'al-Baqî' étaient surmontées de coupoles ; celles-ci ont été démolies dans les années 1920, laissant place à la sobriété qui caractérise aujourd'hui l'ensemble du site — des rangées de pierres nues, sans inscription ni ornement. Le site reste géré et entretenu par les autorités religieuses de Médine, qui en réservent l'accès aux hommes à certains horaires, selon l'organisation en vigueur autour de la mosquée du Prophète ﷺ.

Que retenir du site d'Uhud ?

Uhud est la montagne qui domine Médine au nord, à quelques kilomètres du centre-ville. Au pied de son versant s'est déroulée, en l'an 3 de l'hégire, une bataille éprouvante pour les premiers musulmans, marquée par de lourdes pertes après un temps d'avantage initial. Une colline voisine, restée connue sous le nom de colline des archers, rappelle la position tenue ce jour-là par un groupe de combattants chargé de protéger l'arrière des rangs musulmans.

Parmi les compagnons tombés ce jour-là figure Hamza ibn Abd al-Muttalib, l'oncle du Prophète ﷺ, dont la tombe se trouve toujours au pied de la montagne, entourée de celles d'autres martyrs. Une parole souvent rapportée à ce sujet évoque un attachement particulier du Prophète ﷺ pour cette montagne, sans qu'on puisse ici en préciser les termes exacts faute de référence certaine. Le site se visite aujourd'hui dans le recueillement, à l'écart de toute agitation touristique : on y vient pour se rappeler ce qu'a coûté, une fois, la défense de la ville. Les événements de cette journée sont largement évoqués dans la sourate Âl 'Imrân, qui revient longuement sur l'épreuve traversée par la communauté et sur les leçons qu'elle en a tirées — un rappel que la difficulté fait partie de toute histoire durable.

Comment organiser une visite de ces quatre lieux ?

Les quatre sites ne demandent pas la même énergie ni le même temps. Qubâ' et al-Qiblatayn se visitent en une matinée, à quelques minutes de trajet l'un de l'autre. Al-Baqî' se longe depuis l'enceinte même de Masjid Nabawi, à des heures d'ouverture précises et limitées. Uhud, plus excentré, demande un trajet en véhicule et davantage de temps sur place. De nombreux hôtels et agences de Médine proposent des circuits de ziyara qui regroupent les quatre étapes sur une demi-journée ou une journée complète. Aucun de ces passages n'exige de rituel particulier : on s'y rend en tenue simple, on y garde le silence ou une prière discrète pour soi-même, et on évite d'en faire un moment de photographies bruyantes qui viendrait rompre le recueillement du lieu.

Ces visites s'inscrivent dans un ensemble plus large de gestes d'attachement au Prophète ﷺ, que nous détaillons dans cet article sur les salawât, le mawlid et les chants.

Retiens une chose simple : marcher sur ces quatre lieux, c'est marcher dans une chronologie, du premier jour de la Hijra jusqu'aux jours les plus durs. Si tu te rends un jour à Médine, prends le temps d'y aller à pied plutôt qu'en voiture, au moins pour Qubâ'. Une seule règle à garder : ne presse pas le pas.