Le vendredi, le jour où la salawât est présentée

Beaucoup de mu'minûn se demandent quand faire la prière sur le Prophète ﷺ, à quelle fréquence réciter la salawât, ou si elle est même obligatoire en dehors de la prière. La sunna ne répond pas par un chiffre, mais par des moments précis, chacun sourcé par un hadith distinct. Ce sujet s'inscrit dans le cocon consacré à Le Prophète Muhammad ﷺ, où la relation quotidienne au Prophète ﷺ est traitée sous plusieurs angles.

Parmi tous les jours de la semaine, un seul revient dans la sunna comme le moment le plus recommandé pour multiplier la salawât sur le Prophète ﷺ : le vendredi. Ce n'est pas une préférence de circonstance, mais une indication directe rapportée par Aws ibn Aws.

إِنَّ مِنْ أَفْضَلِ أَيَّامِكُمْ يَوْمَ الْجُمُعَةِ فَأَكْثِرُوا عَلَىَّ مِنَ الصَّلاَةِ فِيهِ فَإِنَّ صَلاَتَكُمْ مَعْرُوضَةٌ عَلَىَّ

« Rapporté par Aws ibn Aws : le Prophète ﷺ a dit : le vendredi est l'un de vos meilleurs jours ; multipliez donc sur moi la salawât ce jour-là, car votre salawât m'est présentée. »

Rapporté par Abu Dawud 1531

Le détail le plus frappant de ce hadith tient dans un mot : « présentée ». La salawât du mu'min n'est pas un simple mot prononcé dans le vide, elle est portée jusqu'au Prophète ﷺ. Les compagnons, rapporte-t-on dans ce même hadith, s'étonnèrent : comment leur salawât pourrait-elle lui être présentée alors que son corps, disaient-ils, aurait fini par se décomposer après sa mort ? Il répondit qu'Allah a interdit à la terre de consumer les corps des prophètes. Cette précision change le sens même du geste : réciter la salawât le vendredi revient à s'adresser directement à quelqu'un qui reçoit ce qui lui est adressé, bien au-delà d'une formule rituelle répétée dans le vide.

Concrètement, ce mérite du vendredi peut se vivre à plusieurs moments de la journée : en se préparant pour la prière du vendredi, pendant les instants d'attente avant le début de la khutba, ou simplement en multipliant la salawât dans les invocations personnelles de ce jour-là. Le hadith ne fixe pas un nombre précis à atteindre, il indique une direction : ce jour-là plus que les autres, la salawât mérite d'être multipliée.

C'est ce moment précis, le vendredi et ses pratiques, qui structure l'ensemble de la branche Honorer le Prophète ﷺ en pratique : salawât, mawlid, chants, dont cet article prolonge un aspect particulier.

Après l'adhan, avant la demande d'al-Wasîla

Un second moment revient très régulièrement dans la sunna : juste après l'adhan. La séquence est précise et se rapporte à 'Abdullah ibn 'Amr ibn al-'As.

إِذَا سَمِعْتُمُ الْمُؤَذِّنَ فَقُولُوا مِثْلَ مَا يَقُولُ ثُمَّ صَلُّوا عَلَىَّ فَإِنَّهُ مَنْ صَلَّى عَلَىَّ صَلاَةً صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ بِهَا عَشْرًا ثُمَّ سَلُوا اللَّهَ لِيَ الْوَسِيلَةَ فَإِنَّهَا مَنْزِلَةٌ فِي الْجَنَّةِ لاَ تَنْبَغِي إِلاَّ لِعَبْدٍ مِنْ عِبَادِ اللَّهِ وَأَرْجُو أَنْ أَكُونَ أَنَا هُوَ فَمَنْ سَأَلَ لِيَ الْوَسِيلَةَ حَلَّتْ لَهُ الشَّفَاعَةُ

« Rapporté par 'Abdullah ibn 'Amr ibn al-'As : le Prophète ﷺ a dit : quand vous entendez le muezzin, répétez ce qu'il dit, puis invoquez la salawât sur moi, car quiconque invoque une salawât sur moi, Allah lui accorde dix bénédictions en retour ; puis demandez pour moi al-Wasîla, un rang au Paradis qui ne convient qu'à un seul serviteur d'Allah, et j'espère être celui-là ; quiconque demande pour moi al-Wasîla, mon intercession lui devient acquise. »

Rapporté par Sahih Muslim 384

Trois gestes s'enchaînent ici, dans un ordre précis : répéter les paroles du muezzin, invoquer la salawât sur le Prophète ﷺ, puis demander à Allah al-Wasîla pour lui.

Al-Wasîla
Un rang unique au Paradis, réservé à un seul serviteur d'Allah — le Prophète ﷺ espérait être celui-là.

Ce hadith relie directement la salawât à une contrepartie chiffrée : dix bénédictions d'Allah pour une seule salawât du mu'min. Il relie aussi ce moment à un geste supplémentaire, la demande d'al-Wasîla, qui ne vient qu'après la salawât et non avant.

L'ordre décrit dans ce hadith mérite d'être respecté tel quel : répondre au muezzin d'abord, invoquer la salawât ensuite, puis seulement après demander al-Wasîla pour le Prophète ﷺ. Ce n'est qu'après cette séquence que le mu'min enchaîne, s'il le souhaite, avec ses propres invocations personnelles.

À la mention de son nom

Un troisième moment ne dépend d'aucun horaire fixe : il revient chaque fois que le nom du Prophète ﷺ est prononcé, en conversation, en lecture, en enseignement. La sunna qualifie l'omission de ce geste dans des termes très directs, rapportés par 'Ali ibn Abi Talib.

الْبَخِيلُ الَّذِي مَنْ ذُكِرْتُ عِنْدَهُ فَلَمْ يُصَلِّ عَلَىَّ

« Rapporté par 'Ali ibn Abi Talib : le Prophète ﷺ a dit : le vrai avare est celui devant qui je suis mentionné et qui n'invoque pas la salawât sur moi. »

Rapporté par Jami' at-Tirmidhi 3546

Le mot choisi n'est pas anodin. L'avarice, dans le vocabulaire islamique, désigne d'ordinaire la retenue face à un bien matériel qu'on refuse de donner. Ici, elle décrit la retenue face à un geste qui ne coûte rien : quelques mots de salawât au moment où le nom du Prophète ﷺ résonne. C'est ce moment-là, le plus fréquent de tous puisqu'il peut survenir plusieurs fois par jour, qui donne à la salawât son caractère de réflexe plutôt que de rituel occasionnel.

Ce moment concerne autant l'oral que l'écrit : entendre le nom du Prophète ﷺ dans une conversation, le lire dans un livre, l'écouter dans un cours. Dans chacun de ces cas, la sunna invite à faire suivre la mention par la salawât, sans attendre un contexte particulier pour le faire.

Le tashahhud, le moment fixe de la prière

Le quatrième moment est le plus connu, parce qu'il est intégré à la structure même de la prière obligatoire. Dans le tashahhud, assis avant la fin de chaque prière, le mu'min récite une formule de salawât complète sur le Prophète ﷺ. Ce moment revient donc mécaniquement cinq fois par jour, à chaque prière, ce qui en fait le rendez-vous le plus régulier et le plus fixe de tous.

Le texte de cette formule, mot à mot, avec son lien historique à la demande d'Ibrâhîm, est traité en détail dans La salât ibrâhîmiyya : texte, mot à mot, pourquoi Ibrâhîm, il n'est pas utile de la redévelopper ici.

Une fréquence recommandée, pas un chiffre imposé

Aucun de ces trois hadiths ne fixe de quota. Ils décrivent des moments où la salawât porte un mérite particulier : le vendredi parce qu'elle est présentée, après l'adhan parce qu'elle ouvre la voie à al-Wasîla, à la mention du nom parce que s'en abstenir est qualifié d'avarice. Ce sont des indications de moments et de mérites, pas un calcul à respecter. Le tashahhud reste, lui, le seul rendez-vous fixe et intégré à la prière elle-même.

Retiens un moment simple pour commencer : la prochaine fois que tu entends l'adhan, prends l'habitude d'enchaîner la salawât sur le Prophète ﷺ avant de vaquer à autre chose. C'est un geste court, sourcé, et à la portée de chaque prière.



Les paroles prophétiques sont rendues par leur sens, non au mot à mot.