Un second grand poème signé al-Busîrî

Le nom d'al-Busîrî reste attaché, dans la plupart des mémoires, à un seul texte : la Burda. Pourtant le même poète, Muhammad ibn Sa'îd al-Busîrî — dont la vie et le parcours sont racontés en détail dans l'article consacré à la Burda d'al-Busîrî — a composé un second grand poème à la louange du Prophète ﷺ : la Hamziyya. Moins connu, moins récité que son aîné, ce texte mérite néanmoins d'être présenté, ne serait-ce que pour mesurer l'étendue de l'oeuvre de son auteur et la constance de son amour pour le Prophète ﷺ.

Un titre véritable, un sens précis

Le titre complet du poème est « Umm al-Qurâ fî madh Khayr al-Warâ », que l'on peut traduire par « la Mère des cités dans l'éloge de la meilleure des créatures ». L'expression « Mère des cités » désigne la Mecque elle-même, berceau de la naissance du Prophète ﷺ. Ce poème appartient à la période de maturité de la carrière du poète : il fut composé après la Burda, sous le patronage du vizir Ibn Hinna, à un moment où al-Busîrî avait déjà acquis une réputation savante et poétique établie.

Pourquoi « Hamziyya » ?

Hamziyya
Poème dont chaque vers se termine par la lettre arabe همزة (hamza), ce qui lui donne son nom.

Le poème compte environ 457 vers — certaines sources parlent de « plus de 400 vers » — composés dans le mètre khafif, l'un des mètres classiques de la poésie arabe. Cette rigueur formelle, la même exigence que celle déjà à l'oeuvre dans la Burda, montre à la fois la maîtrise technique du poète et la constance de sa dévotion. Tenir plusieurs centaines de vers sur une seule et même rime finale, tout en développant une matière aussi riche, témoigne d'un travail de composition considérable.

Une structure organisée en grandes sections

La Hamziyya suit un plan thématique cohérent, qui parcourt la vie du Prophète ﷺ avant de s'ouvrir sur des questions théologiques et éthiques plus larges. Les premiers vers, de 1 à 13, retracent l'histoire du Prophète ﷺ depuis sa naissance jusqu'à son émigration (hijra) vers Médine. Vient ensuite, des vers 101 à 198, une évocation de ses actes et de ses habitudes, ainsi que des mérites du Coran. Une section plus polémique, des vers 199 à 252, traite des juifs et des chrétiens et de leur hostilité envers l'islam, suivie d'un passage sur les hypocrites de Médine et les mécréants de la Mecque, des vers 253 à 280. Plus loin, des vers 326 à 389, le poète revient à l'éloge du Prophète ﷺ, de sa famille et de ses compagnons, avant de clore le texte, à partir du vers 390 jusqu'à la fin, sur son propre repentir et ses prières demandant la rahma pour le Prophète ﷺ.

Cette alternance entre récit biographique, exposition doctrinale autour de l'unicité divine (tawhîd) et élan spirituel soufi donne à la Hamziyya une tonalité particulière, différente de celle de la Burda, davantage centrée sur la supplication personnelle du poète et sur son propre cheminement.

Le lien avec la Burda

La Hamziyya forme une oeuvre distincte, portée par le même souffle et la même dévotion que la Burda, mais composée plus tard dans le parcours du poète. Les deux textes partagent l'amour du même sujet — l'éloge du Prophète ﷺ — sans se confondre pour autant dans leur forme, leur commande ni leur portée. La Burda a connu, au fil des siècles, un rayonnement bien plus large à travers le monde musulman ; la Hamziyya demeure un texte plus discret, apprécié surtout par celles et ceux qui approfondissent l'oeuvre d'al-Busîrî au-delà de son poème le plus célèbre. Les deux compositions restent néanmoins les témoins d'une même vie savante consacrée, pour une large part, à l'éloge du Prophète ﷺ.

Pour resituer ce poème dans l'ensemble des pratiques d'amour du Prophète ﷺ — salawât, mawlid, chants —, tu peux consulter l'article qui présente ces pratiques dans leur ensemble, ou revenir au portail dédié au Prophète Muhammad ﷺ pour explorer les autres volets du cocon.

Retiens simplement ceci : la Hamziyya est un texte de maturité, moins célèbre que la Burda, mais tout aussi habité par l'amour du Prophète ﷺ. Prends le temps, un jour, de parcourir sa structure en détail pour en apprécier la richesse.