Où se trouve la tombe du Prophète ﷺ, à Médine ?

La réponse est précise : la tombe du Prophète ﷺ se trouve à Médine, en Arabie Saoudite, à l'intérieur de la Masjid an-Nabawi, la Mosquée du Prophète. Elle occupe l'emplacement exact de ce qui fut, du vivant du Prophète ﷺ, l'appartement de son épouse Aïcha, une pièce simple, accolée au mur sud de la mosquée d'alors. C'est là que le Prophète ﷺ s'est éteint, à la fin de sa vie, entouré des siens, et c'est dans cette même pièce, selon l'usage de l'époque qui voulait qu'un homme soit enterré là où il rendait son dernier souffle, qu'il a été inhumé.

À l'origine, cette chambre se trouvait à l'extérieur du corps principal de la mosquée, séparée de lui par un simple mur. Les califes qui ont succédé au Prophète ﷺ, puis les dynasties suivantes, ont agrandi l'édifice à plusieurs reprises pour accueillir un nombre croissant de fidèles. À chaque extension, les murs de la mosquée se sont rapprochés de la chambre, jusqu'à l'englober complètement : elle qui était en bordure se retrouve aujourd'hui presque au centre du bâtiment.

Depuis l'extérieur, un repère visuel permet de localiser l'endroit sans se perdre dans l'immensité du complexe : le dôme vert, القبة الخضراء. Ce dôme n'existait pas du vivant du Prophète ﷺ ; il a été construit plusieurs siècles plus tard, avant d'être peint dans cette teinte particulière bien après encore. Aujourd'hui, où que l'on se trouve à Médine, ce vert reconnaissable entre tous indique la direction de la chambre.

Un homme dont le nom évoque déjà cette idée de lieu repose, très concrètement, dans un lieu précis. Pour mieux connaître cet homme avant de parler de sa tombe, direction notre article central sur le Prophète Muhammad ﷺ.

Qui est enterré aux côtés du Prophète ﷺ ?

Il n'est pas seul dans cette chambre. L'histoire musulmane rapporte que ses deux plus proches compagnons, devenus après lui les deux premiers califes, ont demandé à être enterrés auprès du Prophète ﷺ, et que cette demande leur a été accordée. Abu Bakr repose contre lui, la tête légèrement en retrait par rapport à ses épaules. Umar ibn al-Khattab repose ensuite, contre Abu Bakr, dans le prolongement de la même rangée.

Trois tombes, donc, alignées dans un espace qui tiendrait dans une seule petite pièce : celle du Prophète ﷺ ; celle d'Abu Bakr, son compagnon des premières heures, celui qui l'a accompagné jusque dans la grotte lors de l'émigration vers Médine ; celle d'Umar, sous l'autorité duquel l'islam s'est étendu, en une décennie, sur trois continents. Cette proximité dans la mort prolonge celle vécue de son vivant : ces deux hommes ont partagé son quotidien, ses décisions, parfois ses silences, pendant plus de vingt ans.

Cette question revient souvent chez les visiteurs de la mosquée : en s'approchant de la paroi qui fait face aux trois tombes, on salue, dans l'ordre, le Prophète ﷺ, puis Abu Bakr, puis Umar — une salutation à trois voix, pour trois vies restées liées jusqu'au bout.

Que renferme la tombe, et quelqu'un l'a-t-il déjà ouverte ?

Depuis l'enterrement, personne n'a rouvert cette chambre. Aucune photographie des tombes n'existe, aucun plan détaillé n'a jamais été rendu public, aucun témoignage moderne ne décrit leur contenu au-delà de ce que la tradition rapporte : des corps simplement enveloppés, déposés à même la terre, sans cercueil ni ornement, conformément à la sobriété qui a entouré l'enterrement du Prophète ﷺ lui-même.

Assez tôt dans l'histoire musulmane, des murs hauts ont été édifiés tout autour de la chambre, sans ouverture à hauteur d'homme, précisément pour empêcher qu'on puisse apercevoir les tombes ou s'y prosterner. Cette précaution, prise par crainte que le lieu ne devienne un objet de culte au sens propre, a été maintenue et renforcée au fil des siècles. Elle explique pourquoi, aujourd'hui, aucun visiteur ne voit les tombes elles-mêmes : seule une paroi ouvragée, en bois et en dorures, visible depuis l'intérieur de la mosquée, en signale la position exacte, à travers de petites ouvertures grillagées.

Ce choix de fermer totalement l'accès visuel traverse quatorze siècles d'histoire islamique presque sans exception. Il dit, à sa manière, le soin extrême apporté à préserver ce lieu de toute dérive — et le silence gardé, encore aujourd'hui, sur ce qu'il renferme précisément.

Qu'est-ce que la Rawda, ce jardin du paradis contre la tombe ?

Entre la chambre du Prophète ﷺ et l'endroit où il prononçait ses sermons, son minbar, s'étend un espace précis que la tradition désigne par un nom à part : la روضة, la Rawda. Une parole largement rapportée situe à cet endroit précis un jardin parmi les jardins du paradis — d'où ce nom, qui signifie littéralement jardin, ou parcelle verdoyante.

Ce mot n'a rien de décoratif. Rawda est cousin de riDwân et de raDiya, les mots du contentement divin, cette satisfaction mutuelle entre Allah et celui qui l'aime sincèrement. Dans le Coran, la forme grammaticale qui décrit deux jardins « noirs de verdure », tant leur végétation y est dense, n'apparaît qu'une seule fois, à propos de deux jardins du paradis promis aux mu'minun : Coran 55:64. On retrouve dans la Rawda cette même intensité végétale, cette verdure si dense qu'elle en devient sombre, plantée très concrètement dans la terre de Médine, comme un avant-goût de ce contentement.

Les visiteurs qui foulent ce tapis particulier, reconnaissable à sa couleur distincte du reste de la mosquée, en gardent souvent un souvenir marquant, difficile à raconter avec des mots ordinaires.

Peut-on visiter la tombe du Prophète ﷺ aujourd'hui ?

Oui, et cela reste l'un des moments les plus attendus par quiconque se rend à Médine. Chaque année, des millions de visiteurs entrent dans la Masjid an-Nabawi et s'approchent de la paroi qui fait face aux trois tombes, pour saluer le Prophète ﷺ et ses deux compagnons. Entrer dans la mosquée elle-même et y prier ne demande aucun permis particulier : elle reste ouverte à toute heure, comme n'importe quelle mosquée, gratuitement, à tout musulman de passage.

L'accès à la Rawda, en revanche, est organisé, tant l'affluence y est grande à certaines heures. Les autorités saoudiennes gèrent la circulation par créneaux horaires, avec des plages dédiées aux hommes et d'autres, à part, aux femmes, pour permettre à chacun de s'approcher dans de bonnes conditions malgré la foule. Au moment où ces lignes sont écrites, cette réservation passe par l'application officielle saoudienne Nusuk, qui centralise les démarches liées aux visites de Médine et de La Mecque, du permis de Rawda jusqu'aux services pratiques pour les pèlerins.

Cette visite s'inscrit dans un ensemble plus large de gestes d'attachement au Prophète ﷺ — salawât, mawlid, chants — détaillés dans notre article sur la façon d'honorer le Prophète ﷺ en pratique.

Tu sais maintenant où repose le Prophète ﷺ, avec qui, et ce qui sépare aujourd'hui n'importe quel visiteur de cette chambre. La prochaine fois que tu pries sur lui, situe-le précisément : à Médine, entre deux amis, sous un dôme vert que des millions de regards cherchent chaque jour. Et si Médine se trouve un jour sur ta route, réserve du temps pour la Rawda.