Un jeûne hebdomadaire, une question posée directement

On a demandé un jour au Prophète ﷺ pourquoi il jeûnait le lundi. Sa réponse est conservée dans une chaîne de transmission jugée authentique par l'imam Muslim, l'un des deux recueils de hadith les plus rigoureusement vérifiés de la tradition sunnite. Ce texte est souvent cité de manière partielle, réduit à une seule phrase sur sa naissance. Le hadith complet dit autre chose de plus riche : deux raisons, pas une.

Le hadith intégral

وَسُئِلَ عَنْ صَوْمِ يَوْمِ الاِثْنَيْنِ قَالَ: ذَاكَ يَوْمٌ وُلِدْتُ فِيهِ وَيَوْمٌ بُعِثْتُ أَوْ أُنْزِلَ عَلَىَّ فِيهِ.

« On l'interrogea sur le jeûne du lundi. Il dit : « C'est le jour où je suis né, et le jour où j'ai été envoyé [comme Prophète], ou le jour où la révélation est descendue sur moi. » »

Rapporté par Muslim 1162b

La précision du texte compte. Le narrateur, Abu Qatada al-Ansari, rapporte une réponse construite en deux temps : la naissance, puis l'envoi en mission ou la descente de la révélation. Les deux événements sont posés côte à côte, sans hiérarchie affichée entre eux.

Deux motifs, pas un seul

Isoler la première partie du hadith — « c'est le jour où je suis né » — et s'arrêter là revient à couper une phrase en plein milieu. Le Prophète ﷺ associe explicitement deux souvenirs à ce jeûne hebdomadaire : celui de sa venue au monde, et celui du début de sa mission prophétique, moment charnière où la rahma d'Allah pour l'humanité entière prend une forme nouvelle par la révélation. Le jeûne n'est donc pas rattaché à un seul événement biographique, mais à deux dates qui, dans la vie du Prophète ﷺ, se rejoignent sur le même jour de la semaine.

Sahih Muslim
Recueil de hadiths compilé par l'imam Muslim ibn al-Hajjaj, considéré avec Sahih al-Bukhari comme l'un des deux ouvrages de hadith les plus fiables de la tradition sunnite, chaque chaîne de transmission y étant examinée avec une rigueur particulière.

Ce détail a une conséquence directe pour qui cherche à comprendre le rapport du Prophète ﷺ à sa propre naissance. Un acte cultuel récurrent, le jeûne, est explicitement relié par lui-même à ce jour précis de sa vie. Aucun repas de fête, aucun rassemblement, aucune décoration : un acte d'adoration silencieux, répété chaque semaine, tourné vers Allah.

Ce que Hassan Iquioussen en tire

Le prédicateur Hassan Iquioussen a repris ce hadith dans son argumentaire en faveur du mawlid. Sa lecture, qu'il présente comme personnelle, est la suivante : si le Prophète ﷺ associait un acte d'adoration au souvenir de sa naissance, alors une forme de mémoire d'anniversaire existait chez lui, exprimée à sa manière. Il ajoute une nuance importante : il ne s'agit pas d'imposer ce jeûne du lundi à de jeunes enfants de six ou sept ans de façon systématique — une fois par mois ou par an suffit selon lui, l'essentiel étant le principe du rappel plutôt que sa fréquence exacte.

Cette lecture reste une interprétation, assumée comme telle par son auteur. Le hadith ne mentionne ni mawlid, ni fête, ni date annuelle particulière à célébrer par une réunion collective. Il rapporte un jeûne hebdomadaire motivé par deux souvenirs. C'est à partir de ce fait que Hassan Iquioussen construit un raisonnement plus large, et ce raisonnement mérite d'être identifié comme le sien, distinct du texte lui-même.

La limite honnête : jeûner n'est pas fêter

Une prudence s'impose ici. Un jeûne individuel, répété chaque semaine, vécu dans la discrétion et tourné vers Allah, et un rassemblement annuel organisé autour d'une date précise sont deux formes de pratique très différentes dans leur nature. Le hadith de Sahih Muslim atteste d'une mémoire vivante liée à la naissance et à la mission du Prophète ﷺ. Il n'atteste pas d'un protocole festif, ni d'une date fixée au 12 rabî al-awwal, ni d'un rassemblement collectif tel que le mawlid se pratique aujourd'hui dans certaines régions du monde musulman.

Établir un lien entre les deux reste donc affaire d'interprétation, et non de citation directe. Le texte fournit un élément solide, vérifié, authentique : le rappel de la naissance faisait partie des motivations spirituelles du Prophète ﷺ lui-même. Ce qu'on en construit ensuite relève du raisonnement, pas du hadith.

La rigueur derrière le texte

Un dernier point mérite d'être signalé, pour la rigueur. L'imam Muslim précise, dans sa compilation, qu'une variante de ce hadith transmise par un narrateur nommé Shu'ba mentionnait aussi le jeûne du jeudi dans la même réponse. Muslim indique l'avoir volontairement écartée de la version qu'il retient, la jugeant erronée (« wahman »). Le jeûne du jeudi n'apparaît donc pas comme fiable dans ce hadith précis. Ce détail illustre le soin apporté par les savants du hadith à la transmission des paroles prophétiques, jusque dans les nuances les plus fines.

Ce hadith s'inscrit dans une réflexion plus large sur les fondements du respect dû au Prophète ﷺ, développée dans Honorer le Prophète ﷺ : les fondements. Pour situer cette question dans l'ensemble du cocon consacré à sa vie et à son enseignement, l'article Le Prophète Muhammad ﷺ reste le point de départ utile.

Retiens ce hadith tel qu'il est, dans son intégralité, la prochaine fois qu'on te le citera à moitié. Vérifie toujours la source avant de reprendre un argument, même juste dans son fond. Et si tu veux imiter le Prophète ﷺ dans ce rappel précis, commence simplement par jeûner un lundi, avec l'intention posée.



Les paroles prophétiques sont rendues par leur sens, non au mot à mot.