Sur les douze mois de l'année, un seul a été rattaché directement au nom d'Allah par la bouche du Prophète. Pas Ramadan, le mois du jeûne obligatoire. Pas Dhoul-Hijja, le mois du pèlerinage. Mais Mouharram, le premier mois du calendrier. Cette appellation n'est pas une fioriture de langage : elle dit quelque chose de précis sur la fonction de ce mois.
Pourquoi Mouharram est-il appelé le mois d'Allah ?
L'expression vient d'une parole du Prophète, où il désigne explicitement Mouharram comme chahr Allah, « le mois d'Allah ».
« Le meilleur jeûne après celui du Ramadan est le jeûne du mois d'Allah, Mouharram. »
Rapporté par Muslim · Sahîh, hadith n°1163
Les savants relèvent que c'est le seul mois auquel le Prophète a accolé le nom d'Allah de cette manière. Les autres mois portent des noms hérités de l'arabe préislamique, liés à des saisons ou à des usages. Mouharram, lui, a été rapproché du nom même qui désigne l'Essence divine. Ce déplacement de vocabulaire n'est pas anodin : il oriente tout le mois vers une seule direction.
Qu'est-ce que cela signifie d'attribuer un mois à Allah ?
Il ne faut pas comprendre cette appellation comme une possession. Allah ne « manque » d'aucun mois, et les douze sont déjà à Lui. Dire que Mouharram est le mois d'Allah, c'est dire qu'il est mis à part pour être tourné vers Lui — un peu comme on parle de la « maison d'Allah » pour la Kaaba, non parce qu'Il y habiterait, mais parce qu'elle Lui est entièrement dédiée.
Cette mise à part a un effet concret sur le croyant. Un mois rattaché au nom d'Allah n'invite pas à accomplir un rite spectaculaire. Il invite à recentrer son attention. C'est pour cela que l'acte recommandé qui lui est associé est le jeûne, et non un grand rassemblement : le jeûne est l'acte le plus discret, le plus intérieur, celui qui se vit entre soi et Lui sans témoin.
Mouharram fait d'ailleurs partie des quatre mois sacrés du calendrier, ceux où la valeur des actes — bons comme mauvais — est rehaussée. Si vous voulez situer ce mois dans l'ensemble du cycle de l'année, l'article sur Mouharram et les quatre mois sacrés en donne le cadre complet.
Que dit le nom d'Allah sur ce que ce mois doit réveiller
Pour comprendre ce qu'un « mois d'Allah » est censé éveiller en vous, il faut s'arrêter sur ce que recouvre ce nom. الله est le nom propre de l'Essence : un nom dont le sens nous échappe en lui-même. C'est pourquoi Allah se décrit à nous à travers Ses noms-fonctions, les plus beaux des noms, comme l'indique le Coran : وَلِلَّهِ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَىٰ (7:180). Le nom ne décore pas : il renvoie à une fonction.
Parmi ces fonctions, la première est celle d'Ar-Rahmân, le Tout Rayonnant d'Amour, qui donne la vie et la fait grandir dans les meilleures conditions possibles. Toutes les autres fonctions divines ne sont que des manières dont cette qualité d'amour inconditionnel se concrétise. Rattacher un mois au nom d'Allah, c'est donc l'ouvrir en grand sur cet amour qui ne dépend pas de nos mérites.
C'est là tout le sens d'un mois d'Allah. Le but n'est pas de cumuler des actes pour se faire bien voir. Coraniquement, l'amour d'Allah n'est pas conditionné par nos performances ; mais pour y accéder, il faut s'y exposer. C'est exactement ce que propose ce mois : un temps pour se réexposer à la source. Cette source, ce cœur vers lequel tout l'écosystème raHma-TV ramène, est cette qualité d'amour inconditionnel que porte le nom même d'Allah.
Cette année, quand viendra Mouharram, n'en fais pas une simple case à cocher. Choisis un seul jour, jeûne-le, et pendant ce jour, demande-toi vers quoi ton attention se tourne quand tu retires le bruit. C'est petit. C'est suffisant.
Le reste se vit.