Le jeûne d'Achoura n'a jamais été imposé. C'est une recommandation, transmise par le Prophète صلى الله عليه وسلم et rapportée notamment dans Sahih Muslim, le second des deux recueils de hadiths les plus fiables de la tradition. Comprendre ce hadith, c'est sortir de l'idée d'une règle à cocher pour retrouver un geste libre, relié à une mémoire plus ancienne que l'islam lui-même.
Que dit le hadith de Sahih Muslim sur le jeûne d'Achoura
Le hadith rapporte que le Prophète صلى الله عليه وسلم, arrivant à Médine, trouva les juifs de la ville en train de jeûner le jour d'Achoura, c'est-à-dire le dixième jour du mois de Mouharram. Interrogés, ils expliquèrent qu'il s'agissait du jour où Allah avait sauvé Moïse et son peuple, et noyé Pharaon. Le Prophète déclara alors avoir, lui aussi, davantage de droit à honorer ce souvenir de Moïse, et il jeûna ce jour-là tout en invitant à le jeûner.
Ce qui frappe dans ce récit, ce n'est pas une prescription tombée du ciel. C'est un geste de reconnaissance. Le Prophète n'invente pas Achoura : il reprend une mémoire commune, celle d'une délivrance, et il l'inscrit dans la pratique des croyants.
Pourquoi le Prophète a-t-il recommandé de jeûner Achoura
La raison donnée par le hadith est directe : Achoura marque le jour où Moïse et les siens furent sauvés. Jeûner ce jour, c'est se relier à cette traversée — un peuple opprimé qui passe d'un état à un autre, d'une rive à l'autre. Le mot même de nabiy, celui qui désigne le prophète, porte en arabe cette idée de passage d'un lieu à un autre, de surgissement, de faire passer d'un côté à l'autre. La fonction prophétique et la mémoire d'Achoura partagent ce même mouvement : faire traverser.
Le jeûne n'est donc pas ici une privation pour elle-même. C'est une manière de tenir vivante une mémoire de salut, et de la faire sienne. Le Prophète relie l'expérience de sa communauté à celle des prophètes qui l'ont précédé, dans une continuité assumée.
Le jeûne d'Achoura est-il obligatoire selon ce hadith
Non. Et c'est sans doute le point le plus mal compris. Avant l'instauration du jeûne de Ramadan, Achoura occupait une place plus marquée dans la pratique. Une fois Ramadan rendu obligatoire, le jeûne d'Achoura est resté — mais comme acte volontaire, surérogatoire. Qui veut le jeûne, qui veut le laisse. Aucune contrainte, aucune faute pour celui qui s'en abstient.
Cette liberté n'est pas un détail. Elle dit quelque chose de la nature du geste : Achoura n'est pas une dette à payer, c'est une porte ouverte. Le hadith de Sahih Muslim ne menace personne et ne culpabilise personne. Il propose. C'est exactement la logique du surérogatoire en islam — un espace de générosité laissé à l'initiative du croyant, en dehors de l'obligatoire.
Pour situer ce hadith dans l'ensemble des sources qui parlent du dixième jour de Mouharram, on peut le replacer dans le cadre plus large de ce que le Coran et la Sunna disent d'Achoura et de Mouharram, où se croisent versets, récits et pratiques transmises.
Comment vivre concrètement ce jeûne aujourd'hui
Le geste est simple : un jeûne d'un jour, le dixième de Mouharram, du lever du jour jusqu'au coucher du soleil, comme tout jeûne en islam. La tradition rapporte aussi la recommandation d'y associer le jeûne d'un jour avant ou après, pour se distinguer de la seule pratique antérieure — mais le cœur reste le jour d'Achoura lui-même.
Ce qui compte n'est pas la performance. C'est l'intention de se relier, ce jour-là, à une mémoire de délivrance. Le hadith n'exige rien de spectaculaire. Il offre un repère dans l'année, un jour où l'on choisit de se souvenir autrement.
La prochaine fois que tu entendras parler du jeûne d'Achoura, ne le range pas dans la case « obligations ». Lis ce qu'en dit Sahih Muslim, vois-y une invitation, et demande-toi simplement si tu veux, cette année, faire ce passage. Personne ne te le réclame.
Le reste se vit.